Tina​ ♻️

La mode alternative

Le portrait

Nom Marie Decamps

Prénom : Aurore

Poste Co-Fondatrice de Tina Paris

Cursus Master Entreprenariat à l’ESCP

ExpériencesAPVSA, Wine Collection Holding, Side.

La musique qui la motive pour travailler : La playlist Hôtel Cost #chill and #focus

"On voulait vraiment créer une nouvelle expérience autour de la mode éthique, plus positive et plus encourageante."

Marie Decamps

L'envie d'apprendre

Bastien

Est-ce que tu peux te présenter ? D’où viens-tu? Quel est ton parcours ? Qu’est-ce que tu as fait avant ?

Marie

Bien sûr avec plaisir ! Je suis Marie Decamps, je suis bordelaise et j’ai 24 ans. J’ai eu un parcours assez classique, après le bac j’ai fait une école de commerce à Bordeaux, KEDGE. Je voulais absolument travailler à l’étranger et avoir des expériences professionnelles rapidement. Du coup, j’ai fait le programme EBP international qui offre 3 ans et demi sur 5 à l’étranger. Je me suis spécialisée en finance et je suis partie à Lisbonne où j’ai vécu 1 an et demi pour faire un double diplôme. Ça m’a permis d’apprendre les bases de la compta et de la finance sous tous les angles et c’était très intéressant. Au moment de faire mon stage, je me suis dit que la compta, c’était « intéressant » mais pas au point de rester chez un expert-comptable, même s’il fallait bien que je commence par ça. Mes parents vendent du vin à Bordeaux et ça m’a toujours attirée. J’ai donc décidé de faire un stage dans ce secteur que j’apprécie. J’ai rapidement trouvé un stage au Canada à Montréal chez l’APVSA, une entreprise qui organise des tournées de dégustation de vin et spiritueux au Canada et aux USA. C’était le genre de stage débrouille, en grande autonomie où tu touches à tout. C’était super formateur, et c’est ce que je voulais. J’ai fait ça pendant 6 mois et je me suis éclatée. Rapidement je me suis dit que j’aimerais bien voir autre chose et connaitre l’aspect plus business de ce que je faisais.

J’ai assisté quelque temps après, à une dégustation à Miami, ce qui changeait des -30°C de Montréal ! À cette dégustation, j’ai rencontré Paul, un importateur de vin Français. Il m’a proposé de le rejoindre pour mon second stage. Je suis passée d’une structure où nous étions 10 personnes à une boite type start-up de 3 personnes .

L’entreprise de Paul avait déjà 5 ans mais il y avait beaucoup à faire. Ils étaient déjà très bons en business mais ils n’avaient pas le temps de s’occuper de tout ce qui était administration. Pour dire, les fichiers clients n’étaient même pas sur Excel, c’était encore sur papier. Je me suis pas mal amusée à tout réorganiser. J’ai trouvé ça super de pouvoir apporter autant à une entreprise alors que je n’étais que jeune stagiaire. J’ai refait leur compta, j’ai aidé à recruter un comptable, un nouveau commercial, un livreur, je faisais de la vente et de l’achat, c’était incroyablement complet. J’ai compris que l’apprentissage serait bien plus grand si je travaillais dans une petite structure par la suite. C’est à partir de cet instant que l’idée de monter ma propre boîte a commencé à germer. C’était en 2017, je n’avais que 21 ans mais pourtant mon ambition était de monter quelque chose de sérieux. Maintenant je me rends compte avec un peu de recul que j’avais des bases solides en compta et finance mais il me manquait tout le reste.

Rapidement, j’ai creusé le sujet et j’ai trouvé un master entreprenariat à l’ESCP, 6 mois avec quasiment que de la pratique, pas de théorique. C’était important pour moi parce que la théorie ne me plait pas. Les bases sont utiles, mais à un moment il faut se lancer quoi ! Le problème, c’est que pour intégrer ce master, il fallait un équivalent master 1. Moi, j’avais 2 ans d’école, 1 an de stage et il me manquait 6 mois à Lisbonne pour valider mon Bachelor. J’étais donc loin du master 1. Je me suis dit qu’il me fallait une stratégie pour atteindre mon objectif et la seule chose qui pouvait les faire changer d’avis et m’accepter au master plus simplement c’était d’avoir déjà eu une expérience entrepreneuriale. J’en ai parlé avec mon patron de Miami et il m’a dit « t’inquiète c’est facile ». J’ai créé ma structure auto-entrepreneur en France dans l’idée de créer une start-up et d’avoir un projet crédible avant de présenter le master. Le concept était plus simple, j’embauchais des stagiaires pour les boîtes françaises à Miami, chose que j’avais adoré faire lors de mon stage précédent. J’avais simplement à créer un site, Paul me trouvait des clients et mon dossier pour l’ESCP était prêt.

En août, je suis rentrée au Portugal pour faire ma dernière année. En parallèle, j’ai commencé le site web de mon entreprise The Job Digger… mais quelle galère ! Je me suis lancée dans un WordPress, je t’avoue que maintenant je me demande pourquoi on ne m’avait pas parlé de Wix. Surtout que c’était juste pour une page avec seulement du visuel, j’ai dû apprendre à coder, ça m’a pris 2 mois mais j’ai pu envoyer le dossier à temps à l’ESCP. À ce moment-là, j’avais déjà 5 ou 6 clients annuels donc déjà un peu de Chiffre d’Affaire. Ils m’ont appelé quelque temps après et j’ai été prise, ça a été un gros soulagement.

J’ai décidé d’arrêter en mars 2020 à cause du Covid parce que c’était compliqué pour le secteur du recrutement. Néanmoins, cette expérience m’a confortée dans l’idée de créer ma propre boîte. C’est de ça dont j’avais envie. En plus de ça, ça m’a ouvert beaucoup de portes pour la suite, tant dans mes relations que dans mon apprentissage personnel. Maintenant, je sais que je veux créer quelque chose de réellement innovant et avec un réel impact.

Bastien

Comment s’est passé ton parcours à l’ESCP ?

Marie

Pendant l’année d’études, j’avais une chose en tête : m’ouvrir à de nouvelles idées et trouver des associés.

On devait lancer un projet mais je ne l’ai pas fait parce que je n’ai pas trouvé d’associés dans le master. Mais ce n’est pas grave, ça reste la meilleure année de ma vie. Je pourrais la refaire tous les ans ahah. Par la suite, j’avais envie de rester dans le secteur du recrutement mais on m’a expliqué que si je voulais bosser là-dedans, en France, je devais savoir comment ça fonctionnait. Ce n’est pas la même chose aux USA et j’avais beaucoup de choses à apprendre.

Je suis rentrée chez Side en tant que RH pendant 1 an. C’était super. J’ai repris toute la gestion des recrutements. En même temps, j’avais monté NextDays, une entreprise de livraison de repas. J’avais la bougeotte à l’époque, je voulais monter ma boîte ! Ça a bien marché pendant 5 mois mais j’ai décidé d’arrêter parce que c’était devenu trop de boulot avec Side. Quelque temps après j’ai décidé de quitter Side, en très bons termes, pour monter ma boite. C’était au début du confinement donc j’ai eu le temps de cogiter et c’est là que j’ai commencé Tina.

L'envie de faire changer les choses

Bastien

Pourquoi Tina ? Présente la marque. Comment s’est passé le lancement ?

Marie

Dans l’aventure je me suis associée avec Astrid et Marie, deux sœurs Bordelaises. Astrid était ma coloc de Lisbonne et on discutait souvent d’entrepreneuriat, de monter une boîte, etc. Astrid et Marie sont assez sensibles au mouvement d’éco responsabilité et comme elles adorent chiner dans les fripes, acheter des vêtements éthiques est un sujet important pour elles. Rapidement elles m’ont fait part de leur problème : la difficulté de trouver ces vêtements éthiques dans le marché de la mode. De nombreuses marques s’engagent pour cela et voient le jour, pourtant on doit fouiller pendant des heures pour les trouver. Avec cette problématique on se rabat sur une mode classique en laissant tomber nos valeurs. La solution pour rendre ce marché de la mode éthique plus visible c’est de regrouper les petites marques en un seul et même endroit et le rendre accessible au plus grand nombre de personnes.

Je cherchais plutôt une idée dans le RH ou l’éducation mais je me suis dit que le sujet était super intéressant et la vision me plaisait. Comme j’avais beaucoup de temps (confinement oblige), je me suis plongée à fond dans le sujet, j’ai regardé des documentaires, j’ai lu des livres. Il y a un doc qui m’a marqué « The True Cost » qui a été fait suite à un accident dans une usine au Bangladesh qui a mis en lumière certains problèmes. À la fin du doc tu ne peux pas rester indifférent et beaucoup de marques se sont lancées à la suite du visionnage de ce film.

Pour ma part j’ai eu une prise de conscience incroyable ! On a fait une rapide étude de marché et on s’est rendu compte que le potentiel de la mode éthique était énorme. Il y a beaucoup d’acteurs et dans les pays du nord le marché est déjà ultra éduqué. Pour moi, le marché européen était une évidence, donc on a commencé par là et plus on avançait plus ça devenait clair.

On a passé un mois à faire de la recherche puis on a commencé à contacter les marques avant la fin du confinement et on a pu lancer le 15 juillet avec 5 marques. Maintenant on est passé à 20 marques et beaucoup sont en cours d’intégration.

Bastien

Comment s’est passé le lancement?

Marie

La règle numéro 1 à l’ESCP c’était: « si tu veux tester un business fait le vite et à moindre coût ». On a débattu longtemps là-dessus. Le problème d’une Marketplace est que c’est chronophage et je ne suis pas Dev. Malgré ça, j’ai décidé de m’occuper du site, ça permet d’avoir la main dessus et de savoir de quoi on parle pour la suite quand tu embauches. J’ai fait le Shopify tout le mois de juin. Au moment du lancement du 15/07 jusqu’au 30/08, on a décidé de ne faire aucune communication payante, pas de presse, pas d’ads, rien. On se contente de tester la validité du site, de suivre les livraisons, s’assurer que le funnel de paiement n’a pas de problème, etc…

On réussit à avoir une V1 très basique mais qui fonctionne. Ça a fait mal au cœur de Marie, ma co-fondatrice parce qu’elle est DA ahah, mais on s’est mise d’accord. Résultat, dès le premier mois les 5 marques présentent sur la plateforme ont eu des commandes. A partir d’août on a commencé à intégrer une quinzaine de marques supplémentaires. Et grâce à ça, on a généré un peu de CA sur juillet et aout. En juillet on a pu faire un gros shooting et toutes les photos (hors fiche produit) sont les nôtres. On a évidemment mis la DA au centre du projet puisqu’avant d’acheter éthique il faut se souvenir qu’on achète quelque chose qui nous plaît. On a réussi à rendre la mode éthique sexy même si ça reste très subjectif.

Bastien

En France il y a une mode autour de ça ces dernières années, penses-tu avoir choisi le bon moment pour le lancement?

Marie

Honnêtement, je me dis depuis le début que c’est le bon moment et ce de plus en plus. Après le confinement en France et en Europe de manière générale, c’est hallucinant de voir le nombre de marques qui se sont créées. Et en même temps la prise de conscience des consommateurs a été amplifiée par ce confinement. Je pense qu’on assiste un réel mouvement et c’est aujourd’hui que se lancer sur le marché de l’éthique est intéressant.

Bastien

Le marché de la mode est hyper compétitif, comment comptez-vous faire la différence avec Tina, quelle est votre vision ?

Marie

On voulait vraiment créer une nouvelle expérience autour de la mode éthique, plus positive et plus encourageante. Dans l’idée, on veut que Tina n’apporte pas le coté moralisateur qu’on les marques de ce secteur aujourd’hui, on ne veut pas d’une mode moralisatrice. On co-créé la solution avec notre communauté depuis le lancement. Les articles que l’on présente sont choisis par les consommateurs eux-même.

Maintenant, on arrive à sentir à quel point la dynamique autour de tout ça est puissante. Les consommateurs ont envie d’en savoir de plus en plus et ont besoin de cette transparence de la part des marques. On s’est donc dit qu’il fallait sélectionner les marques à la fois sur la partie style et sur l’éthique. On a des critères et les marques se doivent d’en respecter certains. On ne demande pas non plus aux marques d’avoir 10000 labels parce que c’est coûteux et chronophage et elles ne peuvent pas avoir tous les critères. Notre idée c’est de donner l’occasion aux consommateurs de s’intéresser aux marques et à leurs différents labels en fonction de leur sensibilité. Vu que chaque marque à ses engagements tu peux toujours trouver ce qui te va le mieux.

Notre différence principale c’est qu’on met tout sur la DA et la communication. Chaque semaine on fait une newsletter sur une marque. On a également mis en place un système qu’on appelle l’ETHIQUETTE. Sur chaque fiche produit on peut voir directement quels sont les critères que respecte la marque. On rend les choses simples et lisibles et c’est un plus. On réfléchit en permanence à trouver de nouveaux moyens de communiquer cette transparence.

Pour résumer je pourrais dire que ce qui nous différencie c’est la manière dont on utilise la DA et la com’ au service de l’éthique qu’on utilise de manière décomplexée et non moralisatrice. On s’en rend compte par exemple lorsqu’on fait des postes Instagram parce que l’engagement sur le contenu est en général 5 fois plus élevé sur des postes à caractères informatifs que sur des postes qui mettent en avant des produits. Ça nous challenge aussi à trouver un équilibre entre « ne pas être un média » ou « n’être qu’un produit ».

Bastien

On entend déjà pas mal parler de Tina. Un passage sur B Smart, une campagne kisskissbankbank avec 170% de l’objectif atteint. Il y a un véritable engouement autour de la marque, quelles sont les étapes pour y arriver ?

Marie

Je ne sais pas si il y a vraiment des étapes. Tout peut dépendre du projet. Mais dans notre cas, nous avons décidé de concentrer la majeur partie de nos efforts sur la DA, le design et la communication. Une grande partie de notre travail est donc axée en ce sens.

Mon travail, consiste à faire le reste aha. Je suis sur la partie business et gestion globale.
On positionne nos efforts majoritairement sur le design et la DA car nous pensons que sans, on ne peut pas faire la différence face au marché.

Aujourd’hui, ça paie puisque toutes les marques que je contacte me laissent savoir qu’ils adorent notre façon de parler de la mode éthique et être présent sur notre plateforme les intéresse. Il y a vraiment ce côté non moralisateur qui a créé un engouement de la part des consommateurs. J’ai envie de dire à mes potes et à tout le monde d’arrêter d’aller chez Zara, mais ça, les gens ne peuvent pas le comprendre si les entreprises ne font pas l’effort de leur expliquer. Et si c’est fait sous un angle positif le consommateur sera bien plus réceptif. Donc on explique, on ne juge pas. C’est important que le consommateur soit en possession de connaissances pour se faire son propre avis.

Pour ce qui est de la partie presse, on a dès le début préparé un communiqué avant même de lancer le site. Ça nous a fait gagner un temps fou !

Bastien

Est-ce que tu vois des tendances dans le marketing de demain ? Comment faudra-t-il communiquer pour avoir une marque efficace ?

Marie

Je pense qu’aujourd’hui, lancer une marque sans aucune transparence, c’est très compliqué. Les gens sont de plus en plus exigeants et ils ont à disposition de nouveaux outils pour tracer ce que l’on achète : ça a commencé par la nourriture avec Yuka, c’est le cas maintenant pour les vêtements, ça vient pour le maquillage, etc…

On se rend compte que tout ce qui se monte aujourd’hui dans la mode est éthique. On met le client au centre, on lui propose une alternative en adéquation avec ses valeurs. Le nouveau débat est d’utiliser des mannequins pro ou des users. On voit de plus en plus les marques mettre leurs clients en avant. Les gens s’en foutent de voir des mannequins, ils veulent voir des choses auxquelles ils peuvent s’identifier. Cet été on a fait poser nos potes pour les produits et avec ça je faisais des ventes en mettant des storys Insta. Ça permet aux personnes de se projeter dans l’achat, se projeter dans l’expérience.

Bastien

Est-ce que vous avez un objectif de satisfaction client ? Comment vous mettez ça en place dès le début pour créer une marque forte à l’avenir ?

Marie

Il y a plein de moyens pour ça et on en cherche sans cesse. Alors évidemment la communauté est la clef de notre projet et le bouche-à-oreille c’est fort. Plein de marques n’ont pas fait de pub les 2 premières années et s’en sont très bien sorties grâce à ça. Si ton service est irréprochable, que tes produits sont qualitatifs, et que ton SAV est bon, ça finira par payer. Du coup on est très attentif aux retours de nos clients sur les réseaux. On répond à tous les commentaires. On a aussi un chat live sur le site qui arrive directement sur mon téléphone. Je n’ai même pas de modèle enregistré pour les réponses, je réponds à chaque question personnellement en sachant que la plupart des problèmes sont liés aux tailles, c’est souvent assez spécifique. Ce qui, en soi, n’est pas si compliqué vu qu’on n’est pas encore noyé sous les demandes.

Aussi on demande souvent l’avis de notre communauté sur les prochaines étapes de la boîte. On a une nouvelle stagiaire, et son rôle est principalement l’interaction avec la communauté. Par exemple, on a récemment eu une nouvelle marque, et on a fait un sondage Instagram pour savoir quel produit plaisait le plus. On a eu plus de 200 réponses en même pas 10 minutes: ça nous permet de savoir facilement quel produit mettre en avant. J’ai pu en parler dans la newsletter en sachant que ça allait être pertinent et que les gens étaient intéressés. On avait un peu sous-estimé le contact live, mais en réalité c’est super et on adore fonctionner comme ça.

Il faut toujours écouter ses utilisateurs, c’est grâce à eux qu’on arrive à savoir ce qu’il y a à changer et c’est grâce à eux qu’on avance.

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